08.10
Dans la pratique du bouddhisme Zen, il y a de façon privilégiée un cadre clérical, et notamment funéraire. A de nombreuses époques charnières pourtant, certaines figures remarquées ont rétabli la prépondérance de la méditation (une place comparable à la prière pour d’autres cultes).
Certaines époques ont aussi vu semble t’il une primauté de la référence lettrée, et certains esprits forts du Zen sino-japonais (Maître Dôgen notamment) ont fortement critiqué la tendance des hierarchies cléricales de certains courants à s’abstraire de la méditation pour jouer des seuls considérants spirituels ou plus sérieusement du cadre des lettres (textes) propre au Zen.
D’une façon plus primitive encore, la semence de la graine du Zen (Ch’an) en Chine par le moine indien Bodhidharma refoule le cadre du dire et décrire, pour en sens à rebours (tel un grimpeur sur un versant), réinvestir la puissance du sens dans toute la « matière bouddhique » , d’abord pratique et nature, puis peu à peu en Chine la rencontre des grands textes du bouddhisme.
Aujourd’hui, dans l’étude (de la pratique) du Zen, l’on conseille (selon la tolérance de chacun) de ne pas transcrire la pratique dans les mots, les allusions, ou les interprétations.
Tout simplement parce que l’on retrouve cet habit parfois très lourd sur le cours de la pratique et que le triturer, catalyser, dissoudre prendra peut-être plus de vie qu’un entretien avec la vie elle-même.
L’on peut parler de la montagne, l’on peut montrer la montagne avec foi et force, mais un pas est un pas, et donc plus vrai au coin d’une rue qu’une montagne qui n’est que dite.
Nos pratiques, dans la montagne, avec l’oeil quelque peu de vacuité de l’exercice, nous ont amenés à la réflexion suivante: quand les montagnes ne sont pas là, ne reste qu’à les imaginer, car de toute façon elles sont là – la distance d’altitude n’est pas la distance d’éloignement.
Puis autre éclair de pensée encore, s’étonnerait-on de ne trouver de gens seulement joviaux dans les cercles de montagne ? A cet instant, il faisait beau, quelques brumes nonchalantes.
La montagne sourit candide certains jours, le même jour tout simplement, l’horreur peut arpenter ses versants, de l’antagonisme climatique qui s’y noue, de l’extrême du relief soudain.
S’étonnerait-on de ne trouver de gens seulement joviaux dans les cercles de montagne ? Et pour le Zen, que dirait-on, qu’est ce qu’on dirait ? Ne se fier ni à l’habit ni au moine mais à son axe.