08.06
Dans les arts martiaux internes, la posture de l’arbre (Zhang Zhuang en chinois) est la base de toute autre évolution. Pourtant certaines écoles de Tai Chi, du moins à l’égard des pratiquants courants, semblent avoir éludé ces principes de travail dynamique du statique, pour asseoir de leur côté l’inertie lente et ses ressorts spécifiques en leur lieu.
D’une autre façon encore, les arts martiaux internes mettent en leur coeur le lien au maître, il est comme le bâton du marcheur, et le sentier lui-même. Ce n’est pas la personne elle-même qui est ainsi instituée mais son savoir, à travers un destin entrepris selon des destinations tangentes dont la figure du maître est le pivot.
Car pour le pratiquant, et surtout pour le pratiquant assidu, le maître, même lorsqu’il est loin physiquement, est le terme de conclusion, l’élément qui fait que les formes, que sa propre forme, est conclue, se clôt sur un espace, figure ainsi véritablement une réalité et un acquis.
Pourtant comme le Zhang Zhuang, maîtrise et maître peuvent tout deux cesser d’avoir la dynamique comprise à la statique sur laquelle on compte, ils peuvent cesser de verser la mobilité interne, sa relation au coeur, selon laquelle un acquis est un devenir.
Lorsque l’on pratique Zhang Zhuang, l’on enserre comme un arbre (et l’on est comme un arbre), et il y a là un axe au coeur de notre posture qui élève et repose tout à la fois.
S’il élève sans reposer, s’il repose sans élever, il ne s’agit plus d’un vrai engagement. L’axe est perdu, il n’y a pas de faute, la relation est rompue ou déviée, et elle reporte ce stigmate, le prenant elle-même d’une source altérée qui échappe à la correction.
Dans les arts martiaux internes, la posture de l’arbre est primordiale, la relation au maître est essentielle. Et pourtant savoir (certains diront s’avoir), notre monde occidental est celui de notre intellect, de notre appréciation, de notre intérêt, et de nos objets.
Il est alors courant que l’idée, nourrie et entretenue, que l’on façonne de sa pratique, de son art et ses contextes, s’élève (et repose) au sein de ce qui autrefois était une relation maître-élève personnelle, et le plus souvent tue. « Relation tue… », le mot français esquisserait bien par défaut un rapport abrupt entre le silence et la mort.
Porter la connaissance, la gestuelle d’esprit, au delà d’une relation d’inclusion (à une filiation, à une école), dans des horizons ouverts de compréhension, leurs reliefs et temps réels, est alors nécessaire. Cela peut être accepté.
A condition de vivre pleinement cette troisième dimension, cette dimension tiers d’ouverture, entre (1) corps et (2) esprit qu’est (3) l’interprétation, lui donner un devenir, en chercher les versants et les murs, ouvrir et (re) fermer les portes.