08.03
Santé du Verbe | 07 juin 2011
Pour illustrer l’identité phonétique de dessin et dessein (…) en français et le renvoi entre l’intention profonde (l’image intime) et la santé (la nature)…
« … Pour tenter de donner un aperçu d’ensemble sur la doctrine soufie, nous avons choisi de nous baser sur un texte du Shaykh Ahmad El Alawi.
(…)
Le Shaikh dit que toutes les lettres de l’alphabet arabe ne sont, si nous considérons leurs formes, que les sinuosités diverses sous lesquelles apparait la première d’entre elles: l’Alif, qui a la forme d’un trait vertical. Ainsi par exemple le mim (…) n’est qu’un Alif ayant pris au bout une forme circulaire, le Ha (…) n’est qu’un Alif replié sur lui-même, etc. C’est le fait que notre attention soit retenue par la forme particulière de chacune des lettres de l’alphabet qui nous empêche de discerner dans toutes ces lettres leur archétype commun qui n’est autre que l’Alif. Mais l’Alif lui-même est le produit du point (.) dont le Shaykh El Alawi écrit qu’il « était dans son état principiel de non-manifestation (‘Ama) où il n’y a ni séparation, ni union, ni avant, ni après, ni largeur, ni longueur, et toutes les lettres étaient éteintes en son fond mystérieux, exactement comme tous les livres, en dépit de la divergence de leur contenu, étaient éteints dans les lettres ».
Schématiquement, nous pourrions dire que le point donne naissance à la forme de l’Alif ; les différentes formes prises par ce dernier constituent l’ensemble des lettres, les lettres en se joignant suivant certaines lois constituent des mots ; les mots en s’ordonnant suivant une syntaxe constituent des phrases ; les phrases à leur tour, en se succédant dans un ordre déterminé, constituent des textes, dont l’ensemble forme le contenu des livres.
Le livre, forme générique de tous les livres possibles, symbolise l’univers dans son ensemble. (…)
Symboliquement, la Primauté et l’Ultimité de l’Alif sont représentées par le fait qu’il est le première lettre de l’alphabet en même temps que, se trouvant à la fin d’un mot, il en constitue la terminaison ultime (…) Cette idée est précisée dans le passage suivant: « Si tu as compris que l’Alif est présent en chaque lettre, dis-moi si cela lui enlève la dignité de sa transcendance dans laquelle il conserve toujours ce qui n’appartient qu’à lui seul… L’imperfection – mais Dieu est le plus savant – est en celui qui voudrait le restreindre à un attribut sans lui permettre d’en réaliser un autre, l’emprisonnant, le limitant, refusant de le connaître et le réduisant à la comparabilité en faisant de lui une chose parmi d’autres. » C’est donc ainsi que se résout, pour le soufi, le problème du rapport de l’Unicité essentielle de l’Être à la Multiplicité de ses attributs « … car partout où se pose une question de comparaison, c’est toujours, en réalité, l’encre elle-même qui est comparée à elle-même ». »
dans LA VOIE SOUFIE de Faouzi Skali (pages 13-18)
Collection Spiritualités Vivantes / Editions Albin Michel