08.03
Les Quatre Pratiques | 15 juin 2011
Dans Le Traité de Bodhidharma - traduction Bernard Faure (Editions Points Sagesse)
« (3) Les Quatres Pratiques
L’ « accès par la pratique » renvoie aux quatre pratiques qui résument toutes les autres. Quelles sont ces quatres pratiques ? Ce sont : 1/ (Savoir) répondre à la haine ; 2/ être en accord avec les conditions ; 3/ ne rien tenir pour désirable ; et 4/ être en parfaite harmonie avec le Dharma.
1/ Qu’est-ce que s’exercer à « répondre à la haine » ? Celui qui pratique la Voie doit, dans l’adversité, se faire la réflexion suivante : « J’ai par le passé, durant d’innombrables kalpas, délaissé l’essentiel au profit de l’accessoire. Au fil des existences, j’ai suscité maint ressentiment et mainte haine, et causé des dommages infinis. Le malheur qui, en dépit de mon innocence présente, s’acharne sur moi, est la rétribution de méfaits anciens dont les fruits ont fini par mûrir. Il ne s’agit donc pas d’une punition infligée par le Ciel ou les puissances surnaturelles. Faisons contre mauvaise fortune bon coeur, et tous (les motifs de) ressentiment ou de récrimination disparaitront. » Il est dit dans un sûtra : « Ne t’afflige pas devant l’adversité. Pourquoi ? Parce que tu en comprends l’origine. » Lorsque de telles pensées naissent (en vous), vous parvenez à vous accorder au principe, et votre compréhension du ressentiment vous permet de progresser sur la Voie. Voilà pourquoi je vous engage à vous exercer à « répondre à la haine ».
2/ La seconde pratique consiste à « être en accord avec les conditions ». Il s’agit de réaliser que les êtres sont dénués de moi, et sont mus par la causalité karmique; Accueillez avec équanimité les peines et les plaisirs, car tous résultent des conditions. S’il m’arrivait d’obtenir quelque excellente rétribution telle que les honneurs ou la renommée, celle-ci procéderait d’une cause enracinée dans mon passé, et dont il m’aurait fallu attendre jusqu’à maintenant (la réalisation). Pourquoi me réjouirais-je de son existence puisque, une fois les conditions épuisées, elle aussi retournera au non-être ? Le gain comme la perte découlent des conditions. Si votre esprit n’en est pas affecté, s’il n’est pas agité par le vent de la joie, vous obtiendrez l’accord profond avec la Voie. C’est pourquoi je vous exhorte à pratiquer l’ « accord avec les conditions « .
3/ La troisième pratique consiste à « ne rien tenir pour désirable ». Par « désir », on entend (le fait) que les hommes, dans leur égarement incessant, s’obstinent à convoiter toutes choses. Le sage réalise la vérité (ultime), laquelle en son principe s’oppose à la (vérité) conventionnelle. Il apaise son esprit par le non-agir, sans se soucier de son corps. Convaincu de la vacuité de toute existence, il n’a plus rien à espèrer ou dont se réjouir. « Mérite » et « Obscurité » vont toujours de pair. Le Triple Monde dans lequel nous vivons depuis si longtemps est comme une maison de feu. Tout ce qui possède un corps souffre : qui donc pourrait trouver le repos ? En comprenant cela, vous mettrez du même coup fin à toute pensée, et cesserez d’aspirer à l’existence. Il est dit dans un sutra : « Le désir est souffrance ; l’absence de désir est joie. » Il est donc clair que l’absence de désir est une pratique de la Voie.
4/ La quatrième pratique consiste à « être en parfaite harmonie avec le Dharma ». On appelle « Dharma » le principe de la pureté intrinsèque. Selon ce principe, tous les caractères spécifiques sont vides, et ne présentent ni souillure ni attachement, ni « ceci » ni « cela ». Il est dit dans un sutra: « Le Dharma ne contient nul être, car il est exempt de la souillure (causée par) l’être ; il est dénué de toute subjectivité, car il est exempt de la souillure (causée par) le moi. Le sage, s’il peut croire en ce principe et le comprendre, doit s’exercer à être « en parfaite harmonie avec le Dharma ». A l’instar du Dharma qui est par essence prodigue, il n’épargne ni son corps ni ses richesses dans sa pratique de l’aumône, et son esprit est également généreux. Pénétrant la triple vacuité, il est indépendant et sans attachement. Ayant éliminé (en lui) les impuretés, il aide et guide les êtres, sans pour autant s’en tenir aux apparences. (Ses actes), source de profit pour lui-même, le sont également pour autrui, et lui permettent en outre d’orner la Voie de l’Eveil. (…) »