2011
08.03

Fleurs et Maux

Fleurs et Maux | 15 juin 2011

Dans LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire (L - L’Irréparable)

«  Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords, / Qui vit, s’agite et se tortille, / Et se nourrit de nous comme le ver des morts / Comme du chêne la chenille ? / Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane, / Noierons-nous ce vieil ennemi, / Destructeur et gourmand comme la courtisane, / Patient comme la fourmi ? / Dans quel philtre – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais, / A cet esprit comblé d’angoisse / Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés, / Que le sabot du cheval froisse, / Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire / Et que surveille le corbeau, / A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère / D’avoir sa croix et son tombeau ; / Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ? / Peut-on déchirer des ténèbres / Plus denses que la poix, sans matin et sans soir, / Sans astres, sans éclairs funèbres ? / Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge / Est soufflée, est morte à jamais ! / Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge / Les martyrs d’un chemin mauvais ! / Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ? / Dis, connais-tu l’irrémissible ? / Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés, / A qui notre coeur sert de cible ? Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite / Notre âme, piteux monument, / Et souvent il attaque, ainsi que le termite, / Par la base le batiment. / L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

- J’ai vu parfois, au fond d’un théatre banal / Qu’enflammait l’orcheste sonore, / Une fée allumer dans un ciel infernal / une miraculeuse aurore ; / J’ai vu parfois au fond d’un théatre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze, / Terrasser l’énorme Satan ; / Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase, / Est un théatre où l’on attend / Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze ! « 


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